La quarantaine, savoyard, Anthony est éducateur dans un IME. Son père est parti avant sa naissance, sa mère ouvrière l’élève seule, elle est décédée pendant le COVID. Il voyage à vélo ou à pied dès qu’il peut aux 4 coins du monde, depuis 15 ans.
On se rencontre en attendant d’embarquer dans le bateau Nador-Barcelone, vers 7h30, on ne se quitte presque plus jusqu’au soir minuit. Il est parti au Maroc pour chercher le calme du Sahara, pour se couper de toutes les stimulations qui nous entourent. Je comprends qu’il est hyper sensible, que le monde qui nous entoure le touche plus que la moyenne. Le Maroc l’a fait se retrouver seul, mais paradoxalement il sature de ne pas partager les moments de joie. Pour les galères : « c’est plus facile, je serre les dents et ça passe ».
Dans ses montagnes tout le monde vote à l’extrême droite, il changera radicalement sa vision des choses grâce à un génial prof d’économie à la fac. Il se sent en décalage avec les gens autour de lui, la cause écologiste et la beauté du vivant deviennent trop importante pour lui, il me dit : « ce que tu dis me fait du bien ».

Il discute avec tout le monde, et quand vient le soir on se retrouve à 6 à discuter du parcours et du voyage de chacun : on se retrouve dans un vrai partage avec d’autres voyageurs, des moments comme on les aime.
Marion et Gaëtan reviennent de deux semaines d’autostop au Maroc, elle commence un poste de gestion des habitats sociaux à Toulon, lui commence cette année à être prof en lycée, après une thèse sur la propagation des chants d’animaux marins (ses récits d’expéditions en Norvège avec les baleines étaient justes OUF).
Thomas randonne, il vient de finir ses études en biologie, transporte 6kg de matos photo pour faire un documentaire socio/animalier sur le ressenti des populations locales quand à l’extinction de la population d’animaux sauvages. « Ils sont vraiment tristes que leurs enfants ne connaissent pas les loups, les lynx, les lions ». Ça doit être bouleversant et tellement riche ! Il vient de faire 400km à pied avec un pote, revient avec plein d’images des animaux qui sont encore présents dans l’Atlas, leur film sortira probablement en fin d’année, un autre qu’ils ont réalisé passera peut-être sur France 3 dans les prochains mois.

« Écris avec tes tripes » : Anthony veut partager son amour pour le vivant, pour la nature, pour ce… « comment tu dirais… Miracle c’est trop religieux, anomalie de l’univers trop scientifique… ». Je dirais : pour ce génial enchainement d’événements improbables sur des millions d’années qui a permis la beauté de la vie telle qu’on la connait aujourd’hui (ok, c’est vraiment trop long mais j’ai pas trouvé mieux).
Nos discussions l’ont touché, m’ont touché aussi.

Alors voilà, je n’ai pas l’habitude d’écrire mais j’ai voulu lui donner tord quand il me dit « arrête de trafiquer tes images, c’est pas vrai tout ça. Écris avec tes tripes, c’est le meilleur moyen de raconter nos histoires ». J’ai voulu vous raconter cette rencontre, ce moment que permet le voyage.

Et malgré ce qu’il m’a dit j’ai quand même vu une petite larme couler sur sa joue quand il a vu la photo de la Voie lactée avec la tente que j’ai prise au sud de l’Atlas.

Je crois que j’ai réussi à mettre un peu de mes tripes aussi dans cette photo.

Alors sortez de chez vous, observez la nature et ceux qui la peuplent, protégeons le vivant pour que des moments comme celui-ci continuent d’exister !

2 commentaires

  1. Thomas,
    Steuplait, écris nous encore avec tes tripes !
    Encore ! 🙂
    Partage avec tes mots ce qui te fait vibrer sur ce chemin, du plus trivial au plus grandiose, ce qui t’étonne, ce qui te bloque, ce qui te débloque, ceux qui te bouleversent…
    L’aventure !
    Profitez bien de la suite. Que toutes les étoiles de la voie lactée veillent sur vous.

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