Un retour en Espagne plein de rencontres !

Nous quittons le Portugal en direction de l’Espagne le 24 novembre. La frontière, nous la traversons… en bateau ! Nous réalisons que, depuis le début de l’aventure en juillet, nous n’avons passé aucune frontière à vélo : presque toutes l’ont été par voie maritime ou fluviale, et une en train !

En 15 min de bateau, nous voilà donc de retour en Espagne ! À la sortie de la ville d’Ayamonte, nous attrapons une voie verte qui passe au milieu des marais (encore plein d’oiseaux à observer !) puis des serres de cultures. Dans les marais, on dépasse un marcheur polonais, Piotr, qui a fait 5000kms en 4 mois et demi : un impressionnant périple ! Bon, en vrai chacun est épaté du voyage de l’autre 😅. Il nous rattrape un peu plus tard quand on fait le goûter (et nous le recroiserons de nombreuses fois les semaines à venir !).

Un peu plus loin, marais rime avec moustiques, malheureusement… on se fait dévorer ! 😫 Vite, on avance – du mieux qu’on peut vu le chemin parfois gadoueux. Un peu plus loin, alors qu’on termine d’installer le campement, on retrouve notre ami marcheur, qui décide du coup de monter sa tente à côté de nous et on dîne en discutant ! On est contents de partager un moment avec un autre grand voyageur !

Notre piste cyclable continue, souvent sableuse, toujours un peu caillouteuse ; nous coupons parfois par la nationale pour éviter à la carriole lourdement chargée de faire face à des chemins qui pourraient la mettre en péril. Au Portugal, l’Eurovelo 1 passait parfois par des zones pas très cyclables mais la vue en valait nettement le coup. Ici la vue n’est pas au rendez-vous, c’est sympa mais sans plus. On est régulièrement entourés de serres où poussent fraises, framboises, myrtilles, parfois en terre, parfois hors-sol… Et Thomas est toujours un peu K-O par son rhume attrapé les derniers jours au Portugal. Bref, ne nous éternisons pas ici ! Nous coupons pour filer vers Huelva.

Avant la ville, nous bivouaquons sur une aire de pique-nique. Nous sommes en train de montrer la tente à la nuit tombée quand tout à coup Piotr, le marcheur croisé hier, nous rejoint ! Les nuits sont fraiches et nous allumons un foyer dans les barbecue de la zone pour nous réchauffer en papotant un peu avant d’aller dormir.

Le lendemain, on se met en route pour Huelva. Après une pause pique-nique en ville (une des meilleures aires de jeux depuis le début du voyage, dixit les enfants !), on décide de ne pas faire l’école ce midi pour filer visiter les répliques des caravelles de Christophe Colomb à 10kms de là. L’école ce midi sera une leçon d’histoire ! La sortie de Huelva est très agréable au départ, avec une piste cyclable le long des quais. D’un côté le fleuve et les zones naturelles, de l’autre les industries : Huelva est un curieux mélange de nature et d’industriel. Un peu plus loin, on passe par le port lui-même, pour éviter une nationale un peu flippante, avant de rejoindre La Rábida. La visite des caravelles est superbe : les enfants ont adoré et ils ont appris plein de choses !

On décide d’aller jusqu’au camping de Donaña (dans le parc national du même nom), conseillé par d’autres cyclos : 24kms à faire sur la fin de journée, petit challenge ! On est prêt à partir quand on découvre une feuille blanche glissée sur mon vélo… Qu’est-ce donc ? Oh! un message d’une famille belge qui voyage en van ! Ce mot nous donne la banane et nous pédalons en imaginant qui peuvent être ces mystérieux admirateurs ! (On ne le sait pas encore, mais c’est le début d’une amitié… Mais une chose après l’autre !)

On reprend donc la route, pas d’autres choix que la nationale cette fois ; une fois la zone portuaire et des raffineries passées, la circulation diminue, ouf ! On termine même par une magnifique piste cyclable entre les arbres ! Grâce à l’heure de plus que nous avons gagnée le soir en Espagne par rapport au Portugal, nous pouvons atteindre notre objectif du jour juste avant la nuit (à 19h et non plus 18h) ! 46 kms pour aujourd’hui !

Deux jours de farniente au camping nous permettent de nous reposer. Bord de mer, tirolienne face au grand large, chevaux sur la plage… on est pas mal ! On recroise Piotr, encore ! Et puis le quotidien des lessives, réparations de vélo, école… On en profite aussi pour chercher sur les réseaux sociaux si on trouve cette famille qui nous a mis un mot, « la Tounch Mobile ». Pas facile, mais on y arrive ; on les contacte et on leur donne rendez-vous ici au camping. Dès la première soirée, le feeling passe tout de suite, autant pour les adultes que pour les enfants. Alors on n’a pas envie d’en rester là. Ils sont en van mais ont un mode de voyage assez lent malgré tout. 30kms par jour comme nous ? Ça leur va !

On va passer 3 jours ensemble, à se retrouver le midi et le soir. Cela nous permet de pédaler allégés : sacoches dans le fourgon… et parfois même un de nos enfants ! On traverse le parc national de Donaña où l’on peut observer de près des biches en liberté (mais très (trop?) habituées à la présence de l’Homme, quand même). Puis on passe une journée à El Rocío, un surprenant village où le temps semble s’être arrêté au temps des cowboys. C’est le pays du cheval ici en Andalousie, et en particulier à El Rocío !

Jour après jour, les enfants se lient d’amitié et passent de superbes moments. Les parents aussi, et prolongent les soirées (un peu arrosées !) parfois jusque tard dans la nuit. Heureusement qu’on pédale en version allégé en journée !

Le 1er décembre au midi, on leur dit Au revoir et on pédale jusqu’à Séville pour quelques jours de repos (en appartement) et visites touristiques. On s’approche de la ville par une succession de petites routes bordées de champs d’oliviers ; on traverse de jolis villages typiquement andalous, aux rues bordées de clémentiniers, citronnier, oranger ou même quelques pamplemoussiers. Puis on entre dans Séville par une longue piste cyclable séparée de la route : c’est royal comme entrée dans une grande ville !

Deux jours dans la capitale andalouse, deux jours superbes ! On sillonne la ville, à pied ou en bus ; dans les petites rues pleines de vie de la ville, et dans certains lieux plus touristiques. On se délecte de tapas dans des taverna locales, on découvre avec les enfants les chocolate con churros, on essaie d’observer les perruches vertes qui envahissent certains arbres de la ville et font un bon ptit raffut à la tombée du jour. Le temps d’une soirée, on retrouve nos amis belges et on va voir un beau spectacle de flamenco (au musée du Flamenco) : vous vous souvenez, c’était un des objectifs posés par notre fille aînée, lors des préparatifs du voyage ?!

Bref, on a adoré Séville. Une ville touristique, certes, mais où on a pu sentir aussi une « vraie vie » citadine espagnole. À Thomas, ce mélange lui a fait penser à nos années de vie à Rouen, en plus grand et en version andalouse 😆.

Le plan ensuite était de prendre un train pour Cadix. Mais…, zut, il y a un « mais »… : plus de place pour les vélos dans les trains en direction de Cadix ! 😩 Nous sommes avant un weekend prolongé. Y aller à vélo signifie 4 jours à pédaler dans un environnement agricole, ça ne nous enchante pas trop. Que faire ?

Nous repensons à notre sortie de Bilbao en cercanías (l’équivalent des RER parisiens), qui acceptent les vélos, sans limite de place : bonne pioche ! Un cercanías va à mi-chemin de notre objectif !
Après 1h de train, nous voilà donc à Lebrija. Au supermarché du village, on recroise (encore!)… Piotr ! Toujours par un pur hasard, c’est fou ! On se donne rendez-vous 6kms plus loin pour un bivouac au bord du chemin. Bon, clairement pas le meilleur bivouac de l’année (le pire ?😅): les environs sont gadoueux, il y a quelques engins agricoles qui passent dans la soirée. Allez, le coucher de soleil est superbe quand même !

Au matin, on décide de continuer sur les chemins de campagne pour rejoindre la prochaine ville, Jerez de la Frontera. Sauf qu’il y a eu pas mal de pluie récemment. Pluie et chemin de terre ne font pas bon ménage. Mais alors pas du tout ! Au bout d’un kilomètre, on retire les garde-boue d’Alice qui se remplissent de gadoue. Un kilomètre plus loin, ce sont tous les vélos qui ont le même problème ! Une terre épaisse et collante s’amasse sur nos roues, dans nos freins et nos gardes-boue. On n’arrive plus à avancer d’un centimètre ! Il faut se rendre à l’évidence : la route la plus courte ne sera pas la plus rapide… voire elle est totalement impossible pour nous aujourd’hui ! Demi-tour (et on n’aime pas faire demi-tour !). On trouve un autre chemin, bien abimé par les passages de camions mais où l’on peut avancer. Quand on se pose pour déjeuner, il est 13h30, on n’a fait que 6 kms et on se sent déjà épuisés! Un peu plus loin, on retrouve la route : ouf. On traverse d’immenses champs (oliviers, amandiers, vignes, etc). Le vent est parfois face à nous mais nous sommes tellement soulagés de retrouver cette surface plus roulante ! Sur les bords de route, on aperçoit de nombreux lapins : ça donne une très bonne motivation pour faire pédaler les enfants !

Malgré nos mésaventures du matin, on arrive en fin de journée à notre objectif du jour : le centre commercial de la ville. Mais que vient-on faire dans un centre commercial ?

Nous nous sommes rendus compte que le vélo de Julia commençait à devenir trop petit. Après réflexions, nous avons choisi de changer son vélo avant notre passage au Maroc. Son anniversaire est dans 3 jours, cela tombe parfaitement ! Nous filons donc à Décathlon pour essayer un vélo repéré sur leur site pour sa légèreté (au passage, on y recroise Piotr !). Julia ressort du magasin en poussant son vélo avec le sourire jusqu’aux oreilles, très fière de son beau cadeau d’anniversaire. Il fait nuit maintenant, nous trouvons un spot à quelques centaines de mètres de là, dans la nature. Surprenant spot bivouac mais franchement pas mal !

Au matin, nous profitons des supermarchés pour des courses (dont quelques achats de surprises pour les enfants : Noël approche !), on déjeune avec nos amis belges qui étaient là aussi. Puis on se met en selle. Julia pédale en autonomie sur son nouveau vélo, très fière ! La barre du followme qu’on met sur sa roue avant n’a pas le même pas de vis, il faut commander la bonne pièce. En attendant, Julia doit pédaler seule : sa motivation et son endurance nous rendent admiratifs !

A El Puerto de Santa Maria, nous prenons le lendemain un bateau-bus pour traverser jusqu’à Cadix. La vieille ville (l’une des plus anciennes villes d’Europe occidentale) est superbe et témoigne de son riche passé (entre occupations et comptoir commercial stratégique avec l’Amérique au XVIIIe siècle).

Sur les plages, c’est aussi un spot pour le surfeurs, que les enfants observent longuement et avec amusement grimper sur leur planche et tomber à l’eau, et recommencer. Après avoir à nouveau croisé notre marcheur polonais, nous quittons la ville par une une belle piste cyclable qui longe la mer. Hors de la ville, cette piste continue par des passerelles au milieu des sables et nous évite la route de l’isthme, très passante. Au bout, nous traversons les marées à la lumières rasante de fin de journée et on fini par trouver un spot en bordure de plage à la nuit tombée.

Le lendemain, nous sommes le 8 décembre : notre Julia a 7 ans aujourd’hui ! Elle pédale avec plaisir pour sa journée d’anniversaire au milieu des marais et au midi, elle souffle sa bougie. Son frère et sa sœur lui ont préparé des dessins et des poésies (trop chou!). Elle dira plus tard que c’était GÉNIAL de passer son anniversaire en voyageant ! 🤩

En soirée, nous arrivons chez Richard et Jackie, un couple Warmshowers anglais, installés ici depuis de nombreuses années. Nous y faisons une journée de repos que les enfants n’oublieront pas : Jackie a monté un refuge pour chats abandonnés dans un bout de leur terrain et nous passons de longues heures à porter et câliner les chatons. 😍 Nous profitons du lieu pour emballer et envoyer le petit vélo Woom d’Erwan que nous avons vendu sur l’équivalent du Leboncoin espagnol. Erwan, lui, récupère maintenant le vélo de sa sœur !

Richard est une mine d’informations sur le cyclotourisme dans le sud de l’Espagne et le Maroc. Nous notons précieusement ses conseils pour la suite de notre aventure ; c’est aussi ça la richesse de Warmshowers : le partage de bonnes astuces !


Quitter ce lieu agréable le lendemain n’est pas facile pour les enfants – surtout que la tempête s’est levée ce jour-là. On décide de partir quand même, malgré la proposition de nos hôtes de rester une journée de plus… Erreur ?!… Pendant un moment, on se demande. Le midi, on tourne à la catastrophe avec les filles qui se chamaillent, Julia qui fait une belle colère… Après un pique-nique express, on repart, dans une humeur familiale vraiment pas top. Nous avions repéré une aire de bivouac pour le soir conseillée par Richard, mais les éléments sont contre nous. A 16h et après seulement 18kms, on lâche l’affaire et on file dans un camping pour un peu plus de confort et une douche chaude.

Au matin, on rencontre dans le camping une famille française avec 3 enfants, qui vit à l’étranger et plus ou moins en itinérance depuis plusieurs années. Alors forcément, on discute longuement et on part tard du camping ! J’aime aussi le voyage pour ce genre de rencontre : des gens qui font les choses différemment, c’est tellement inspirant ! Même si je ne voudrais pas faire comme eux (rien que pour le fait de gérer l’école des enfants sur le long terme : une année ça me suffit !😆), ces histoires sont enrichissantes !

Le soleil est de retour, on pique-nique au phare de Trafalgar puis on grimpe dans le parc naturel de La Breña y Marismas, où on pédale au milieu de la forêt sur une belle piste cyclable. À Barbate, joli village de pêcheurs, on recroise Piotr pour la 6ème fois et probablement dernière fois (nous allons au Maroc bientôt).

La fin de journée n’est pas évidente. On n’avance pas très vite, le chemin n’est pas top, puis la nuit qui tombe… et les moustiques qui se joignent à la fête ! (Oui, presque mi-décembre, nous sommes encore régulièrement dérangés les moustiques !). Julia est fatiguée car elle pédale toujours en autonomie (parfois avec la corde, mais tout de même), cela lui fait de grosses journées. La dynamique familiale n’est plus la même car maintenant c’est Erwan qui est souvent au followme, donc Julia réclame souvent maman. Mais on fini par arriver, vers 19h, à Zahara de los atunes, où l’aire de camping-car, fermée à cette saison, nous fait un spot parfait. Le bruit des vagues nous berce pour la nuit.
Au matin, le lever de soleil est superbe et nous commençons à apercevoir les côtes marocaines de l’autre côté de la mer. Cela semble si proche !

Nous traversons ce jour-là de beaux quartiers avec de grandes propriétés, dans des rues avec de sacrés dénivelés. Beaucoup de logements sont fermés, des quartiers désertiques. La vie ici semble n’être présente qu’une partie de l’année, au gré des touristes saisonniers. Après un pique-nique au phare de Camarinal, nous entrons dans un superbe parc naturel. Jusqu’au soir, le dénivelé est encore bien corsé (sur chemin ou sur route) mais les paysages nous récompensent de nos efforts. Par endroit, je fais des allers-retours pour monter en poussant tous les vélos : je monte mon vélo de quelques centaines de mètres puis redescend chercher les vélos d’Alice et Julia, et je recommence plusieurs fois ainsi. Thomas, lui, pousse la carriole avec Erwan.

Mais à l’heure où le soleil se couche, nous arrivons au camping à Tarifa. Nous sommes exténués sur les derniers kilomètres, d’autant plus qu’ils se font face au vent. Mais nous avons une solide motivation pour arriver là ce soir : nous retrouvons la famille de la Tounch Mobile, nos amis voyageurs belges ! Les enfants qui étaient épuisés retrouvent vite des forces pour jouer et s’exciter avec les copains.

Nous restons là 3 jours, en attendant que la pièce pour accrocher le vélo de Julia au Followme soit livrée. Les copains aussi attendent un colis avant de continuer également vers le Maroc. La salle commune du camping nous sert de refuge pendant deux jours, alors que dehors la tempête Emilia verse des seaux d’eau sur la tente et agite les arbres dans tous les sens. Nous rencontrons deux autres familles de cyclos et passons du temps à refaire le monde entre voyageurs, pendant que les enfants s’approprient la salle commune et en font leur salle de jeux.

Le 3ème jour, nous allons à Tarifa pour visiter la vieille ville et faire des courses. À notre retour au camping, la pièce de Followme est arrivée ! Youpiii ! Nous pouvons quitter l’Europe demain, en route pour le Maroc !

En fait, non !

Mercredi 16 décembre, on se pointe le lendemain au port, après avoir bien galéré à replier la tente (et tout le reste) sous la pluie. Thomas part au guichet prendre les tickets et revient avec une mine déconfite : les bateaux sont tous annulés pour aujourd’hui : il y a trop de vagues ! 😩

On rencontre Laura, une voyageuse suisse (en mode sac-à-dos) qui a la même déconvenue que nous. Son sourire nous fait oublier la déception du jour et le contact passe super bien avec les enfants. Comme elle est prof, Julia l’embauche pour lui faire sa leçon d’école d’aujourd’hui !

Parfait, cela nous laisse du temps pour réfléchir aux différentes options que nous avons. Au final, nous optons pour la plus « confort » : on réserve un appartement près du port, en espérant que demain sera (enfin !) la journée de la traversée !

Ce contre-temps nous rappelle encore une fois que le voyage demande de s’adapter à tout moment (on était tellement sûrs de passer au Maroc aujourd’hui !) : toujours de nouveaux choix à faire, de nouvelles idées à avoir. C’est stimulant et à la fois fatiguant, parfois. Mais c’est aussi ça, l’aventure !

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