Nous avons passé deux jours abrités, dans le chaud et le confort d’une maison, à Carrapateira. Nous sommes bien reposés et nous avons envie de reprendre la route.
Nous nous remettons en selle vendredi 14 novembre. Nous savons que nous allons affronter de la pluie et du vent, mais nos expériences irlandaises nous font relativiser ces conditions climatiques. « Il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que de mauvais équipements » a l’habitude de dire Thomas. Alors on met tout notre équipement nécessaire (et même les gants pour Julia) et en route !
Nous quittons ce joli village niché entre deux collines, d’abord au sec puis rapidement sous la pluie. En fin de matinée, nous retrouvons quelques rayons de soleil pour nous réchauffer et nous faire sécher. Alors que nous pique-niquons dans une aire de jeux à Vila do Obispo, une famille germano-americaine vient discuter : ils sont avec leurs deux garçons en voyage de 6 mois, en voiture. Cette rencontre nous réchauffe le cœur dans la fraicheur automnale d’aujourd’hui. Nous avons rencontré bien peu de familles depuis le début du voyage et à peu près autant de gens en voyage long. Pouvoir échanger avec eux sur les galères de faire l’école, des disputes des enfants, de la gestion du quotidien en voyage, etc nous redonne plein d’énergie. Nous reprenons la route boostés pour pédaler sur les chemins – pas toujours faciles – à travers les collines. En fin de journée, fatigués par ces chemins et leur dénivelé (qui ont valu une petite chute à Alice !) et pas très inspirés par un éventuel lieu de bivouac à l’heure où le soleil va bientôt se coucher, nous filons poser la tente à l’aire de camping-car d’un village.






Bien nous en a pris : au réveil, il tombe des cordes ! Le petit-déjeuner est au plus simple et dans la tente, car on ne se sent pas de sortir le réchaud sous la pluie. A croire qu’ils l’ont senti, nos voisins de parcelle (des allemands en camping-car) nous apportent peu après 2 délicieux cafés au lait et un thermos rempli de chocolat chaud pour les enfants !! Tellement adorable !
Une fois réchauffés par ces boissons, on plie la tente entre deux averses et en route !… sous les yeux écarquillés des camping-caristes. Nous pédalons toute la matinée sous la pluie et on entend même quelques coups de tonnerre au loin… Nous avons choisi de prendre la nationale, pas trop passante et avec une belle bande sur le côté, pour éviter les chemins sous la pluie. La bonne humeur règne malgré les conditions pas faciles et on avance bien. On arrive à Lagos vers midi, où l’on trouve un restaurant chinois, parfait pour déjeuner au chaud. Première étape : passer tous aux WC pour se changer de la tête aux pieds car nous sommes trempés malgré nos équipements ! Après le déjeuner, nous déambulons au hasard de nos envies dans les ruelles de la vieille ville, puis en direction d’un lavomatic pour laver et surtout sécher tous les vêtements.









Le soleil est de retour ! Nous slalomons avec amusement entre les flaques d’eau sur la piste cyclable qui longe la mer. Au coucher du soleil, nous posons la tente face à un parc huitrier : quelle belle vue sur mer ! Ce soir encore nous avons le droit à un magnifique coucher de soleil de mille couleurs rose et jaune.







Nous poursuivons 2 jours sur l’Eurovélo 1 sur la côte sud du Portugal. Portimaõ, Lagoa, Armação de Pêra puis Albufeira. Régulièrement autour de nous, nous constatons la force de la tempête du samedi, dont nous n’avions vraiment pas conscience sur le coup. Les champs sont régulièrement inondés. À Lagoa, un boulevard où tous les arbres sont cassés nous interpelle : Internet nous apprend qu’il y a eu une tornade. Comme au camping d’Albufeira d’ailleurs, où nous nous arrêterons au bout des deux jours (arbres arrachés, camping-car retourné, mobil-homes réduits en morceaux… c’est impressionnant !). « La mer est trop chaude en ce moment, ce n’est pas normal. C’est la source des tornades localisées » nous expliquent des locaux. Le dérèglement climatique, ils le vivent déjà pleinement ici ces derniers temps.
Depuis que nous sommes sur la côte sud du Portugal, nous avons autour de nous un paysage qui change : on sent qu’on est dans le « sud du sud » de l’Europe. Des cigognes par dizaines qui viennent passer l’hiver ; l’architecture des maisons qui se transforme et devient plus andalouse ou arabe. Mais à partir de Lagos, la côte devient aussi très touristique. Nous avons parfois quelques petites routes de campagne qui permettent aux deux plus jeunes de pédaler seuls : ils sont ravis et en redemandent. Mais ces courtes zones de nature sont en alternance avec de grandes stations balnéaires.










Albufeira en est une bien grosse, de station balnéaire. Ici, je me suis vraiment dit que c’est tellement étonnant la différence entre l’idée qu’on se fait d’un endroit en voyant la carte (un agencement de petites rues) et la réalité (des rues avec beauuucoup de magasins pour touristes, des dénivelés inattendus…). Bref, même si ce n’est pas le plus bel endroit du coin, nous nous arrêtons ici pour un peu de repos et pour…. aller faire une sortie en bateau ! Oui, nous saisissons l’occasion d’aller voir les dauphins tant rêvés par nos enfants (on voit un joli groupe de dauphin, dont une maman et son bébé !), puis les belles et célèbres falaises d’Algarve. C’était magique de voir les yeux des enfants scintiller d’émerveillement face aux beautés de la nature… Et ils ressortent de cette sortie en mer apaisés pour un petit moment.

















Nous reprenons la route. Dans nos têtes se mélangent les belles images de la veille ou plus loin des mille ocres de Falaisia, avec un environnement quasi discontinu d’habitations touristiques. De nombreux logements sont fermés à cette saison, mais il y a aussi des immeubles qui semblent avoir fait faillite ou des constructions jamais terminées – victimes d’une concurrence trop forte? Plus loin, nous traversons des quartiers de luxe, avec golf et belles maisons, ou marina pleine de yachts. Un autre monde…








Retour dans un monde un peu plus naturel, l’arrivée sur Faro se fait par une succession de passerelles au dessus des marais. Franchement pas pratiques avec une carriole à cause des « zigzag » pour empêcher les motos de passer (un pneu de la carriole en finira déchiré : une réparation à base de bout de sangle et de chambre à air sera parfaite le temps de pouvoir acheter un nouveau pneu), mais on traverse un paysage superbe ! Pour une fois, l’entrée dans une grosse ville est bien agréable ! Notre visite de Faro sera succincte, car nous avons encore quelques kilomètres à faire jusqu’aux hauteurs de Ohlao, la ville suivante, où nous sommes attendus chez Jony, un Warmshowers.
En arrivant ce soir là, on passe nos 2700 kms de voyage !







On continue notre route le lendemain au milieu des marais (avec des passerelles nettement plus faciles d’accès cette fois !). Nous voyons de nombreux échassiers qui mangent dans la vase, c’est superbe de les observer de si près ! Depuis le début du voyage et en particulier ces derniers jours, notre vocabulaire s’enrichit de nombreux noms d’oiseaux comme aigrettes, spatules, pie ibérique, échassiers… Les enfants deviennent plutôt bons pour les reconnaître !
C’est au milieu des marais de ce « parc national du littoral » qu’on rencontre Robert, un cyclo allemand qui voyage depuis 6 mois. Il se met à notre rythme pour partager un bout de route. En fin de journée, il nous propose de partager le lieu de bivouac qu’il a repéré sur une île. On accède à la zone par un chemin où un petit train propose d’amener les touristes (ceux qui sont à pied, nous on y va à vélo !)
Le lieu est magnifique et le coucher de soleil splendide ! Nous posons la tente au bord d’un ancien terrain de tennis ; nous trouvons même un barbecue en métal pour nous réchauffer (les nuits sont froides en ce moment !) et passer une superbe soirée à partager nos expériences de voyage.
Côté température, il fait bon en journée avec le soleil mais dès que le soleil tombe, ces derniers jours, une vague de froid est sur l’Europe et… il fait froid ! On sort les chaussettes de ski, et les vêtements Damart niveau 4, les bonnets, les caches-cou !








La dernière journée de route au Portugal est entre marais et arbres fruitiers (citronnier, manguier, orangers…). Elle nous amène jusqu’à Vila Real de Santo António, au bord du fleuve Guadiana, frontière entre le Portugal et l’Espagne (le même fleuve qu’on avait vu à Mérida !). Les enfants ont choisi de faire une dernière journée de repos au Portugal, alors on se pose là deux nuits, en camping. Un peu de repos bienvenu car les p’tits virus ORL de l’automne tournent depuis quelques jours dans la famille. On dit alors au revoir à Robert avec une pointe d’émotion : c’est le premier cyclo de cette aventure avec qui on aura partagé un bout de chemin !




Le Portugal, ça aura été un mélange d’émotions diverses ! Quelques idées résumées en vrac
- Des moments désagréables sur les routes (les premiers jours avec la circulation dense sur les routes ou la culture intensive)
- Des journées très courtes, avec la nuit noire à 17h45. C’était un peu une course contre la montre pour arriver à faire 30kms, en plus de la gestion du quotidien (courses, écoles, temps de jeux…). On a souvent posé la tente à la nuit tombée !
- Des moment de difficultés et de questionnement par rapport à l’école (notamment avec Julia). C’est vrai, les autres famille de voyageurs nous avaient prévenu : l’école est une partie complexe d’un grand voyage. Il y a des moments où ça roule,… et d’autres moments plus compliqués !
- L’hiver se rapproche, on a expérimenté l’itinérance quand il fait plus froid. L’avantage, c’est qu’on peut à nouveau transporter du beurre et que Thomas (notre cuistot sur la route) fait des tartines chauffées au réchaud pour le petit-déj : miaaam !
Mais aussi plein de superbes souvenirs !
- Les paysages de la côte Vicentine +++. Même si on a parfois pédalé dans le sable, ça en valait teeeellement le coup !
- Les quelques rencontres avec d’autres voyageurs.
- Les retrouvailles en famille à Colares et avec les amis à Lisbonne.
- Les enfants développent leurs idées pour animer les journées de pédalage : pédaler en apprenant et récitant une poésie, deviner de quel pays viennent les voitures à partir des plaques d’immatriculation…
- La solidarité entre les enfants qui continue de se développer. Leurs jeux ensembles aussi.
- Des moments d’émerveillement partagé, de rire, de jeux, de curiosité et de découverte, etc. Plein de jolis moments en famille qui contrebalancent tout à fait les moments plus difficiles.


Et ben !!!! quelles aventures…..
A un moment, en voyant le 46 ° photo, on dirait que vous êtes au fond d’un trou !!! C’était où ????
Oui oui !! J’ai vu l’éléphant !!!
J’ai une imagination débordante !!!!
Je n’ai pas bien compris où vous allez pédaler en famille maintenant….
Merci de me préciser…. Après tout, je suis une mémé….
Et oui ! Dame météo est est amie très pratique, mais elle fait des siennes, et nous trahit parfois…
Bon vent, bons pédalages, et bises
MamieKate