En quittant Zagora le 31 janvier, la palmeraie laisse rapidement place à un paysage aride. La route monte doucement vers le col de la journée ; il fait un peu chaud, Alice se plaint souvent d’être fatiguée : la reprise n’est pas facile après une semaine sans pédaler ! Mais on arrive à motiver tout le monde, et au final on avance bien. On pose le bivouac du soir presque en haut du col, à côté d’un point d’eau. Les enfants sont créatifs et se lancent dans de la poterie avec la terre argileuse.

Au matin, notre réchaud nous fait quelques sueurs froides : une fuite dans la mise sous pression le rend inutilisable… Comment gérer sans réchaud les repas pour 5 personnes jusqu’à Tazzarine qui est à 2 jours de là ? On a le réchaud à l’alcool-à-brûler fait-maison, mais le niveau d’alcool est au plus bas. Bref, on calcule et prévoit en fonction du peu de villages d’ici là : ça va le faire, en route !

Aujourd’hui, nous enchaînons les descentes (après les montées d’hier, ça s’équilibre !), ce qui rend cette journée propice à la discussion. Souvent, les longues heures de pédalage quotidien sont l’occasion de discussions sympas avec Julia, derrière moi au follow-me. Ce matin, elle a cette question simple, mais riche en réflexions : « ça veut dire quoi quand les gens disent qu’on a de la chance de voyager ? » (au Maroc, nous rencontrons beaucoup de voyageurs qui disent ça aux enfants). C’est vrai ça, concrètement, il y a quoi derrière cette phrase ? Vous lui répondriez quoi, vous ? Nous avons une chouette discussion : qu’est-ce que c’est que « d’avoir de la chance », qu’est-ce que ça apporte de découvrir le monde ?… Et même : est-ce que tout ça nous manquera au retour, qu’est-ce qu’on sera contents de retrouver, etc?

Plus terre à terre, on pédale ensuite en imaginant les choses qu’on aimerait manger : de bons radis-beurre salé-pain, un melon ou une pastèque bien sucré, une glace…. Des choses fraiches car la journée est plutôt chaude dans ce paysage désertique. Bref, c’est riche les discussions sur le vélo !

En soirée, on pose la tente au milieu des acacias, au bord d’une rivière asséchée. Sable et cailloux font un parfait terrain de jeu pour les enfants. Pendant ce temps, Thomas réussi à faire une réparation de fortune à notre réchaud : à base de chambre à air et de pompe à vélo ! Un MacGuyver en herbe !

Le lendemain, on retrouve notre route et ses looongues portions toutes droites. On sait que le vent va se lever dans la journée : il faut être à Tazzarine au plus vite, car après cette ville nous irons dans le même sens que le vent (l’application Windy est devenue notre meilleure amie depuis quelques temps 😅). On se pose pour déjeuner dans le café d’une station essence : googlemaps nous disait qu’ils proposaient des repas mais apparemment non. Qu’à cela ne tienne, la serveuse est d’accord pour nous préparer une omelette. Ça, c’est un truc dingue ici : dans tous les cafés, on peut déjeuner d’une simple omelette avec du fromage type kiri et du pain, agrémenté si on le souhaite d’huile d’olive et de cumin. C’est tout bête mais je crois que ça sera un des plats marquants du Maroc (avec les tajines bien sûr 😉).

Une fois le déjeuner terminé, en effet le vent a bien forci : 8 km face au vent nous attendent… dur ! Mais on arrive assez rapidement à la ville, et après quelques courses (notamment de l’alcool à brûler au cas où la réparation du réchaud ne tienne pas), la route fait un quart de tour et le vent passe… de dos ! Youpi, quel bonheur de un délice de rouler à 20 km/h sans forcer ! Jusqu’à ce que… aïe, on prenne à nouveau un virage à 90 degrés et qu’on se retrouve avec un vent de côté/face… Les rafales nous font presque stopper net, les passages de bus ou de camions manquent de nous faire tomber. Après chaque pause, c’est une bataille pour faire repartir notre lourd chargement. L’impression d’être dans un dénivelé à 8 ou 10% alors que c’est à 1 ou 2%…

Bref, à 17h, on est cuits et on décide d’aller au village demander un endroit où dormir : on va au pied de la mosquée d’un village, où l’on sait qu’il y aura des villageois qui passent. Très rapidement, on nous indique l’extension de la mosquée qui est en construction : c’est bien abrité du vent, c’est parfait ! Dans le même temps, sur la route s’arrête Elias, un cyclo belge. Quelques échanges plus tard, nous voilà en train de monter nos tentes, accompagnés de 5 ou 6 enfants du village, curieux de ces visiteurs inhabituels. Le chef du village passe et nous offre le pain et le thé ; un peu plus tard, rebelote, des villageois reviennent avec un nouveau thé. On échange autour de nos voyages et de leurs vies ici. Une fois seuls entre voyageurs et les enfants couchés, nous partageons un chouette moment avec Elias. Puis la salle de bain de la mosquée nous offre de l’eau chaude pour se décrasser avant de filer au lit !

Au petit matin, les villageois nous apportent encore à manger (pain, msemen (crêpes marocaines) et une sorte de soupe de riz) et à boire (thé à la menthe, évidemment !). Deux enfants du village restent avec nous quand je commence à faire le temps d’école : bon bah j’ai 5 élèves ce matin ! 😅 Les enfants parlent pas français, mais sont motivés pour faire quelques multiplications et divisions posées : ils se débrouillent bien ! Ils sont sympas et pas trop envahissants, mais ils nous demanderont quand même plusieurs fois « bonbon, stylo, dirham ?« . Ah, les habitudes ont la vie dure ! 😆

Le vent a disparu, on reprend notre route. On roule dans de grandes plaines avec de doux dénivelés, entourés de montagnes à presque 360 degrés ; la circulation est tranquille et le bitume en bon état, c’est super ! Avec un peu de vent dans le dos, on arrive à atteindre la ville d’Alnif en fin de journée après 51 km (et on passe le 4000ème kilomètre ce jour) ! Pas de camping en ville, nous posons la tente dans la cour du restaurant « Le repos des Nomades ». La famille qui le tient est adorable et nous accueille superbement.

Une journée de repos nous permet de faire à nouveau un hammam (et cette fois-ci, Erwan nous accompagne), école, repos. Le soir, après un dîner au restaurant qui nous accueille, nous sommes invités par la famille pour partager un moment – et on fini déguisés en tenues traditionnelles de mariage berbère. De beaux moments d’échanges !

Nous partons le lendemain avec un pincement au cœur de quitter ces gens si gentils et généreux. Les enfants sont un peu fatigués après la fiesta d’hier et n’ont pas très envie de partir…

Deux jours de route nous amènent jusqu’à Tinghir. Deux jours dans un Maroc peu touristique, où les enfants de plusieurs villages essaient de s’accrocher aux vélos ou aux sacoches quand on passe : c’est énervant et stressant… On dit « la » (non en arabe), mais ils s’en fichent. Au bout de 3 ou 4, on peine à rester courtois… C’est la première (et dernière fois) au Maroc où nous sommes vraiment gênés par les enfants dans les rues.

Sur les deux jours, une journée a pas mal de dénivelé (3 cols à passer), il fait chaud, c’est un peu dur ! Et un jour face à un vent très fort, notamment dans la grande plaine juste avant d’arriver à la ville de Tinghir. Ce vent nous fait chuter une fois, Julia et moi. Un peu plus loin, on est au bord du craquage : on essaie de tendre le pouce quand des pickups passent, mais en vain, aucun ne nous prend : il faut avancer face au vent à vélo…

Après tous ces efforts, nous passons plusieurs nuits à Tinghir, dans un camping à la ferme d’une famille haute en couleurs ! C’est animé et bruyant (parfois un peu trop), mais ils sont absolument adorables.

La palmeraie de Tinghir et l’ancienne Kasbah sont superbes. Nous faisons également un aller-retour aux gorges de la Toghra en vélo (Tinghir est la ville d’entrée de ces touristiques et belles gorges de la Toghra), mais sans les sacoches cette fois : c’est chouette de pédaler léger, surtout que ça monte pas mal pour y aller ! Nous profitons de cette version allégée de nos vélos pour passer par un chemin : ce n’est pas forcément très cyclable, mais c’est beau, on se sent seuls au monde ! Certes, les gorges sont touristiques mais cela ne nous empêche pas de se sentir bien ici, les pieds dans l’eau et les yeux levés vers ces immenses falaises à pic au dessus de nous.

On repart ensuite vers l’Est ; on repasse la grande plaine traversée quelques jours face au vent : nous roulons 3 à 4 fois plus vite qu’à l’aller ! 46 kms qui s’enchainent facilement (avec un faux plat descendant et très léger vent de dos 😍) et on arrive dans l’après-midi au musée des sources de Lala Mimouna. Un superbe musée sur le lieu d’une source d’eau pétillante, musée de l’eau et de la culture berbère, tenu par un marocain érudit et passionné d’art, qui parle un français parfait (et rempli de joli phrases…). On pose la tente devant le musée avec l’accord du propriétaire pour une belle nuit sous les étoiles… Si vous passez dans le coin, faites un stop pour visiter ce beau site !

Notre poursuite vers l’Est nous amène ensuite à Gulmima, au camping où la piscine a le don de redonner le sourire aux plus grognons des enfants. Petite journée sur place pour visiter la belle palmeraie et le joli Ksar : on compare les différences entre les villes !

À la reprise, à la sortie de la ville, le soleil nous met à la limite de la surchauffe. Le midi, on déjeune abrités par notre tarp : ça nous rappelle quand on faisait la même chose en Irlande…mais pour la pluie !

Puis après une journée et demi de vélo, nous arrivons à Errachidia, point le plus à l’Est de notre parcours marocain ! Nous réservons un appartement pour le weekend, pour échapper à une tempête de vent et fêter l’anniversaire de Thomas (chouette, un four pour faire un gâteau au chocolat ! 😋). Cela permet un peu de repos, car nos enfants restent fatigués (donc facilement grognons, à se disputer etc… les joies du voyage en famille !) depuis notre passage au très animé camping de Tinghir, voire même depuis la soirée berbère au Repos des Nomades d’Alnif : c’est fatiguant ces riches moments d’échanges !

Une fois les objectifs de ces jours de pause bien remplis, nous reprenons la route le lundi matin. Aux premiers coups de pédale et en regardant le compteur vélo, on se rend compte… qu’on a changé d’heure pendant le weekend ! Le Ramadan commence cette semaine alors le Maroc décale ses horaires pour faciliter dans les journées de jeûn.

La chaleur est encore bien présente quand on affronte les montagnes au nord d’Errachidia. L’air est chaud, la bouche reste sèche même si s’arrête très régulièrement pour boire. On est récompensé par de beaux points de vue, notamment quand on passe au dessus du lac (articifiel) !

Au col, nous rencontrons un nomade qui parle bien français : nous passons un moment à discuter sur la liberté, la force d’un groupe, des notions qui nous sont finalement communes – lui en tant que nomade et nous en tant que voyageurs à vélo. C’est un bel échange. Au moment des aux revoirs, il offre aux enfants une pierre (qu’il vend normalement aux touristes) : leur sourire va jusqu’aux oreilles ! (Et Thomas se dit qu’on va encore transporter des cailloux dans nos sacoches ! 😂)

Après ce col, la route redescend vers la vallée du Ziz, grosse rivière pleine d’eau : nous sommes épatés de retrouver de l’eau dans les rivières ! C’est bête, mais on se rend compte que ça fait du bien de voir de l’eau et entendre son doux bruit, après un mois dans des zones arides.

On s’enfonce dans les gorges du Ziz le lendemain. À un arrêt point-de-vue, un vendeur de pierre discute rapidement avec nous et offre un collier aux filles : elles sont (encore!) gâtées !

La pause midi est dans un lieu qui a marqué les enfants : des sources thermales au bord du Ziz. Nous avons un peu l’impression d’aller dans un Hammam en plein air 😅. Le bassin d’eau chaude se situe loin de la route, caché par une petite colline et il y a une alternance bien organisée 1h femmes/1h homme. Les femmes y vont certaines habillées, d’autres en culotte, ça dépend – nous, on y va en maillot ! L’eau est à plus de 45° 🥵, alors on y reste une petite demi-heure, pas plus. C’est super agréable, et on ressort complètement détendus de cette expérience… Les gardiens avec qui on sympathise nous proposent de cuisiner et déjeuner dans leur cahute (car le soleil tape !) et on partage le déjeuner avec Brahim, l’un d’eux.

Quand on reprend la route après le déjeuner, toute la troupe est un peu fatiguée et a du mal à pousser sur les pédales. Un thé offert un peu plus loin dans un village tombe parfaitement pour nous redonner de l’énergie pour pédaler jusqu’au bivouac du soir.

Jusque là, la route était assez large et pas trop passante. La journée suivante, la route se rétrécit, il y a régulièrement des camions et le dénivelé est en mode « faux-plat montant » toute la journée : nous montons vers le Haut-Atlas ! On roule avec l’œil sur le rétroviseur, c’est stressant. Ce stress latent, cette attention accrue, ça pompe de l’énergie ! En fin de journée, j’ai un coup de fatigue comme jamais et je fini en mode « pilote automatique » et au ralenti les derniers kilomètres, malgré les amandes et raisins secs grappillés pour essayer de me redonner un peu de peps. Ah j’oubliais! au milieu des montées, on fait quand même une rencontre sympa avec une famille espagnole de Bilbao, qui sont cyclotouristes aussi en Europe (là, ils sont en voiture au Maroc pour les vacances). Nous avons repéré une station-service sur ioverlander (une de nos applications de partage de bivouac), j’ai l’impression qu’on n’y arrivera jamais… Mais on fini par y arriver et nous y sommes très bien accueillis ; les environs étant assez sales, les propriétaires nous proposent de dormir dans un des garages : première fois du voyage qu’on dort dans ce type d’endroit, mais tout le monde est satisfait : on y est plutôt pas mal, un peu à l’abri du froid (nous sommes à 1600 m d’altitude !) et un peu cachés !

Après cette journée de faux-plat montant, nous attaquons le lendemain du dénivelé plus franc. Objectif du jour : col Tizi n’Talghamt, 1900m d’altitude ! Nous partons… face au vent ! Oups, c’est mal parti !

Finalement, les virages et la montée au milieu des montagnes permettent d’être moins exposés au vent. Nous avions retrouvé la présence de l’eau dans les rivières récemment, et maintenant nous retrouvons… les arbres ! Les arbres en nombre, bien verts. Eh oui, ça aussi nous n’en avions plus dans les zones arides des dernières semaines !

Peu après, nous voilà au col ! Nous sommes fiers de cette nouvelle petite victoire ! Pas sûrs qu’on l’aurai cru si au début du voyage, on nous avait dit qu’on ferait un col du Haut-Atlas !

La descente est super agréable, on s’arrête régulièrement pour prendre des photos. Au bord de la route, une voiture s’arrête et tend à Thomas une boîte pleine de biscuits, dattes et autres gourmandises. Cela nous rappelle que le Ramadan a commencé ce matin !

Après un goûter au village en contrebas (msemen et pizzas berbères : miaaam !!) et de longs kilomètres en douce descente dans les plaines, nous arrivons à Midelt. Nous sommes heureux de cette belle journée !

Une journée de repos au camping de Midelt est bien méritée. Nous y retrouvons avec plaisir le son des claquements de becs de cigognes que nous avions les premières semaines au Maroc. La journée est tranquille ; pas d’école pour les enfants qui sont en semaine de vacances. Un aller-retour à l’hôpital pour faire la dernière piqure de vaccin anti-rage pour Julia. Les nuits sont par contre très fraiches par ici, on se couvre bien : nous sommes à 1470m d’altitude et à minuit le compteur indique -0.5°C.

Nous avons passé notre point culminant du Maroc (en altitude… mais aussi en émotions !). Il faut maintenant continuer notre remontée vers le Nord, mais déjà on sent que la fin de ce pays est proche et qu’on sera triste de quitter ce beau pays !

Cette traversée des contrées berbères restera longtemps gravée dans nos mémoire…

La fin des aventures marocaines ? C’est par là !

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *