Turquie, partie 1 : De Fethiye à Pammukale

Le 8 mai, nous arrivons en Turquie par bateau, après notre rapide passage sur l’île grecque de Rhodes. C’est à Fethiye que s’amarre notre dernier ferry du voyage, riche station balnéaire dont la rade contient quelques beaux yachts – on ne s’attendait pas à ça en Turquie !

Nous sommes venus en Turquie il y a 11 ans lors de notre premier grand voyage – de la frontière grecque jusqu’à Istanbul seulement. Nous avions adoré l’accueil reçu et les histoires de cyclotouristes étant allés plus à l’est qu’on a pu entendre par la suite nous laissaient rêveurs. Alors quand nous avons décidé de faire ce nouveau voyage en Europe, la Turquie a rapidement été un point de passage obligé du parcours… côté asiatique cette fois !

Bref, nous arrivons donc en fin d’après-midi, on se met rapidement en quête d’un spot pour la nuit. Le camping du coin est miteux et exagérément cher, on passe notre chemin. Comme on s’y attendait en voyant la carte (on commence à avoir le feeling sur les possibilités de bivouac d’un coin) c’est un peu la galère… Un mini bout de terre plat en surplomb de la route fera l’affaire pour poser la tente… vers 20h, à la tombée de la nuit. La vue est superbe en tout cas !

Après le dîner et le coucher des enfants, on se met sur nos applications de cartes pour réfléchir au trajet du lendemain… Oui, on n’a toujours pas réussi à décider où on va en Turquie, il est grand temps de choisir !

On aimerait aller en Cappadoce, mais ce n’est pas tout près ! Par où passer, et arrivera-t-on à aller jusqu’à là-bas ?

La côte méditerranéenne est notre première idée, elle semble très belle, mais les montées et descentes à fort dénivelé quotidiennement ne nous motivent pas trop ; on l’a déjà vécu dans le Péloponnèse, on a eu notre dose ! L’intérieur des terres sera peut-être moins touristique et plus authentique… Ok, on part là dessus ! La décision est prise d’aller dans l’intérieur des terres vers Pamukkale, haut lieu touristique qu’on nous a recommandé plusieurs fois ! On verra plus tard la suite du trajet. Depuis Fethiye, petit hic : le bord de mer surplombé par de hauts plateaux et la sortie de la ville se fait par 1200m de dénivelé positif sur une trentaine de kilomètres : on choisit l’option bus pour passer ce cap.

Le lendemain, le bus nous monte en quelques heures à 1000m d’altitude. On a un peu l’impression de se faire avoir comme des bleus en payant 50€ pour les vélos, et sans avoir eu le réflexe de négocier mais bon, c’est comme ça ! Dans le bus, Julia reprend son jeu de « cherche minaret » qu’elle avait justement inventé dans un bus au Maroc ! – Spoiler : ce jeu durera jusqu’à la sortie de la Turquie ! 😉

A l’arrivée, à la ville de Cavdir (prononcer « tchavdir« ), Alice et Thomas sont pris de maux de ventre et nausées. On trouve heureusement un spot sympa dans une aire de pique-nique à la sortie de la ville. Le mal-être les tient toute la soirée, ce n’est pas juste le mal des transports… probablement un virus digestif qui passera rapidement, heureusement !

Nous rejoindrons Pamukkale en 8 jours, avec un détour au lac Salda, magnifique lac tectonique à 1140m d’altitude. Il est parfois appelé « les Maldives turques » pour la couleur de son eau, et très riche en minéraux (continuez votre lecture pour voir les photos !😉)

L’environnement autour de nous est souvent agricole ou avec des carrières au loin (de marbre et granit), mais rien d’intensif, le paysage reste bien agréable. Sur d’autres portions, on longe des petites montagnes, c’est joli. La campagne est partout très verte : il a beaucoup plu cet hiver ici aussi. Autour du lac Salda, ce sont des champs de lavande qui décorent le paysage régulièrement, et des grandes forêts de résineux (avec des tortues de terre qui sauvage qu’on croise régulièrement sur les routes)

Côté dénivelé, le choix rempli les conditions souhaitées : un peu de montées, mais pas trop fortes, ni trop souvent. Nous avons souvent des descentes et du plat ; si ça monte, le dénivelé est plutôt doux. Sauf à deux moment :

  • une petite portion pour monter au lac. Sur ce passage, ça monte beaucoup, il fait chaud, mais un léger vent de dos nous pousse un peu, ouf ! Nos filles montent comme des championnes grâce aux podcasts ! C’est fou à quel point les podcasts les aident à grimper sans jamais râler. Les favoris des derniers temps : les histoires d’Anatole Latuile et le podcast « les petits vulgaires » (vulgarisation scientifique)
  • un col sous la pluie : deux kilomètres dont on se souvient encore ! C’est la journée après le lac Salda, le ciel s’est couvert depuis le midi, le vent s’est levé. On essuie un peu de pluie, mais pas trop longtemps. Le paysages est grandiose par là, alors on garde le sourire ! Au moment où l’on commence à attaquer le col, la pluie se remet à tomber, on a même quelques petits grêlons et coups de tonnerre au loin, le vent est de face, la température descend à 9°… On peine à monter, Julia a froid. Peu avant le sommet du col, nous vivons ma première « attaque » de kangals : ce sont des sortes de gros patous turcs portant souvent d’horribles colliers à pics (ce qui les rend encore plus impressionnants) qui gardent les troupeaux. Les kangals sont bien connus des cyclos passés en Turquie car ils aiment nous courir après, en nous aboyant dessus 😥. Bref, c’est la totale pour nous ! On pose pied à terre pour marcher, ils arrêtent de courir mais continuent de nous aboyer fort dessus et de montrer les dents de façon agressive. Au début plutôt tranquille, je commence à flipper un peu. Thomas vient placer son vélo et sa carriole entre eux et nous (Alice, Julia et moi). La carriole fait comme un mur et Thomas est le moins impressionné de nous 5 : les chiens sentent ce genre de chose ! On continue d’avancer en marchant et en poussant les vélos, et peu à peu la distance entre eux et nous s’agrandit. Ouf ! Quelques dizaines de mètres plus loin, nous sommes au col. La descente est là, dans le brouillard ! Julia se blotti dans la carriole à côté de son frère car elle est frigorifiée. Sacré moment ! Mais en bas de la descente nous attend un moment réconfort… A lire dans le paragraphe sur les rencontres 😉.

On trouve donc des dénivelés sympa le plus souvent, sur des routes sympas. La plupart du temps, nous pédalons sur des routes pas trop empruntées – sauf à l’arrivée vers Denizli, où on n’arrive pas à éviter un nœud routier un peu flippant sur quelques kilomètres !

Pédaler en Turquie est surtout très agréable car nous sommes beaucoup encouragés plusieurs fois par heure par des petits coups de klaxon, des gens qui lèvent le pouce à notre passage : si on aime autant la Turquie c’est bien pour la gentillesse des turcs et cela commence sur la route.

Et puis il y a les cadeaux… Tous les jours en Turquie – je crois sans exception – nous avons eu un cadeau. Des bouteilles d’eau, des biscuits salés et/ou sucrés, des barres chocolatées, des bouteilles de soda, et des thés évidemment… Comme ça, sans raison la plupart du temps ! A part une fois sur un parking dans la grosse montée au lac Salda, Erwan pleurait pour une raison x ou y : un monsieur est venu lui donner des bouteilles d’eau pétillante : cette petite attention lui a vite fait retrouver le sourire même s’il n’aime pas ça.
Encore plus extraordinaire : plusieurs fois, des voitures se sont garés sur le côté de la route devant nous, avec les warning pour nous offrir à manger ou à boire : comme ce camionneur qui offre un pack de petites bouteilles en verre de limonades (et dire qu’on essaie de voyager léger 🥴).
Et notre cadeau le plus « drôle » de la Turquie est un pied de basilic, offert par un pépiniériste avec qui on a discuté quelques minutes à Denizli. Ce cadeau devient vite sacré pour les enfants : il s’appelle Basile et c’est exceptionnel qu’on ai le droit d’utiliser ses feuilles pour la cuisine !

Et les échanges avec les turcs ne s’arrêtent pas là. De la Turquie nous gardons de forts souvenirs de rencontres et d’accueil.

Notre premier accueil dès le 2ème jour de route nous a marqué. Nous nous posons dans un village vers 12h30 pour la pause pique-nique, sur la table à l’ombre devant la mosquée. Installés là depuis 5min, le barista de l’autre côté de la place nous apporte notre premier thé turc et des bouteilles d’eau (on est dans un petit village donc forcément une famille de touristes à vélo, ça ne passe pas inaperçu !). Ensuite, des papis viennent petit à petit se réunir à côté de nous pour la prière de 13h. L’un d’eux parle parfaitement anglais ; et pour cause : il a vécu 35 ans au Japon en tant que prof d’anglais. Il nous invite chez lui pour prendre le thé après la prière. Nous le suivons à pied pendant qu’un de ses amis emmène les enfants en… quad ! (Ils sont trop contents !😅). Chez lui, il nous explique qu’il est revenu vivre ici il y a 5 mois pour enterrer dans son village sa femme japonaise, décédée d’un cancer. Il vit maintenant avec sa mère. Il nous fait écouter les morceaux de musiques qu’il a créés, avec une guitare turque ; guitare qu’il a malheureusement dû laisser au Japon dans son départ précipité… nous parlons également religion, ouverture d’esprit etc. Il est adorable et intéressant. Nous sommes émus en le quittant. C’est pour nous une rencontre émouvante et sincère.

Les rencontres c’est aussi parfois plus simple bien-sûr. Par exemple, des agriculteurs qui viennent planter le maïs à fourrage à côté de la où on pique-nique . L’occasion pour les enfants de voir les graines (rouges car enrobées de pesticides 🫣), le tracteur et de monter dedans !

Ou bien après la fameuse côte sous la pluie (celle où les kangals nous ont fait peur) : au village en bas de la côte, on s’arrête au premier bar qu’on voit. Sous la pluie encore battante, on s’arrête et on se précipite à l’intérieur. En nous voyant ainsi, le gérant nous allume le poêle. Ouh, de la chaleur ! Et il nous offre des thés. On se réchauffe peu à peu. Les enfants voulant un chocolat chaud qu’il n’a pas, on traverse la rue pour aller acheter une bouteille de lait à l’épicerie, qu’il nous fait réchauffer. On reste un long moment, attendant que la pluie se calme. Au moment de repartir, on lui demande s’il connaît un endroit où poser la tente : sans hésitation, il nous propose le jardin du bar. Allez, ok ! On passe une chouette soirée là, on apprend même à jouer au Rummikub à la façon turque, jeu auquel les hommes jouent souvent dans les bars. Et eux observent avec attention notre tente et notre matériel du quotidien.

Il y a aussi cette rencontre, la veille d’arriver à Pammukkale… On pose la tente près de fermes ; une dame vient nous dire que ce champ lui appartient mais qu’il n’y a pas de souci. Elle nous propose de l’accompagner pour prendre de l’eau chez elle, et elle nous offre des légumes. Puis les voisins, un couple de bergers, nous invitent à prendre le thé. Ils nous réinvitent pour le petit-déjeuner : c’est vraiment adorable, on est un peu gênés de tant de générosité !

Après ça, nous reprenons la route pour atteindre Pamukkale. Sur les derniers kilomètres, nous faisons route avec des cyclistes turques de Denizli, la grosse ville d’à côté.

Dans toutes ces rencontres, Google translate est souvent notre « meilleur ami », car dans les campagnes en Turquie, les gens ne parlent souvent pas du tout anglais. Les gens parlent plus facilement allemand : j’essaie de ressortir de ma mémoire mes souvenirs d’Allemand et constate que, n’ayant plus utilisé cette langue depuis plusieurs années, ce n’est vraiment pas facile de tenir une discussion…

Le bivouac :

En Turquie, nous bivouaquons facilement dans la nature. L’occasion de croiser parfois des troupeaux (leurs chèvres sont géantes !). Il n’y a qu’à côté du lac Salda (zone protégée et assez touristique) où l’on galère et on fini au camping. Même à Pammukale, on arrive à trouver un bivouac (et quel bivouac, quelle vue !) – certes après avoir bien galéré, refusé le camping qui nous demandait 60€ la nuit, et frôlé la crise de nerfs et de fatigue.

Même proche des habitations, le bivouac ne nous a pas posé pas de problème. Ces spots bivouacs amènent parfois de chouettes rencontres, comme raconté plus haut.

Par contre, qui dit habitations dit souvent mosquée : il faut alors s’attendre à un petit réveil entre 4h et 5h du matin pour l’appel à la prière. Mais on se rendort vite ! 😉 Dormir à proximité d’une mosquée, c’est l’avantage d’avoir un point d’eau, et même parfois des douches chaudes ! Et des rencontres sympas avec les gens du village, souvent curieux de notre aventure.

Côté temps, c’est assez variable. L’avantage de quitter la côte c’est que nous pédalons à 1000m d’altitude quasiment tout le temps. S’il fait parfois très chaud dès le matin, il y a régulièrement des courants d’air frais et les nuits sont fraiches.
Nous avons bien un peu de pluie, mais jamais très longtemps.

Côté nourriture : sur ces premières semaines turques, nous découvrons les Pidde, petites pizza turques cuites au feu de bois. Côté supermarchés, on tourne souvent vite sur les mêmes choses, et il n’y a pas beaucoup de légumes, et encore moins de fruits (à part des pommes). Pour trouver ce genre d’alimentation, il faut aller au Pazar, le marché. Ici on retrouve l’ambiance des souk marocains qu’on aimait tant ! C’est toujours un plaisir pour tous les 5 de retrouver ça et de déambuler à travers les allées. Le souci, c’est qu’il faut tomber le bon jour car le pazar n’est souvent qu’une ou deux fois par semaine. Bref, quand on tombe sur un pazar, on saute de joie, et on rempli la carriole de bons fruits et légumes !

On mange parfois au restaurant, mais il faut accepter que l’alimentation est fortement à base de viande. Alice peine à trouver des choses qui lui plaisent.

Les enfants se réjouissent de voir à nouveau souvent des animaux ! Sur cette portion de trajet, nous avons vu plusieurs fois des tortues de terre ! Sont-elles naturelles, ou le fruit de tortues d’élevage remises en liberté ? Et on a aussi vu plein de cigognes !

Le 16 mai, nous voilà arrivé à la fin de ce premier objectif turc : Pamukkale.
Pamukkale signifie « château de coton » en turc. Une source d’eau thermale riche en carbone coule sur la montagne en laissant une pellicule blanche et en formant des bassins d’eau tiède. Cela donne cette colline toute blanche très étonnante, avec des bassins d’eau chaude. C’est très joli !… mais très touristique aussi ! 🙃
Au sommet de la colline se trouve des ruines antiques. Les grecs, encore une fois très ingénieux, ont créé au dessus de cette source, l’ancienne cité d’Hierapolis (à partir du 2ème siècle avant J.C.). Nous apprécions la visite malgré le monde et le temps qui s’est couvert juste avant qu’on y aille.

A Pamukkale, c’est un autre lieu (que la Cappadoce) où l’on peut voir des montgolfières. Alors ce matin-là, le réveil sonne à… 5h30 !! Et les enfants se lèvent d’un bond ou presque ! Très beau spectacle depuis notre tente. On a même la chance de voir une montgolfière atterrir juste devant nous (avec atterrissage direct sur la remorque !😲)

De là, nous rejoignons la ville de Denizli pour prendre un nouveau bus. Nous sommes descendu à 200m d’altitude, alors on triche un peu pour remonter sur les plateaux à 1000m : direction Burdur puis en route vers la Cappadoce !

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