Rencontres inoubliables dans la région des lacs turcs


Avant-propos : à l’heure où j’écris, nous voilà rentrés chez nous après cette aventure. Les derniers mois ont été bien remplis et nous avons préféré profiter pleinement du temps que nous avions et donc mis en suspend le récit ici de nos aventures. Mais nous comptons bien vous raconter ça jusqu’au bout : Turquie, Bulgarie, Serbie, et même Slovénie ont été de belles découvertes qui méritent de vous être partagés… et peut-être vous donner envie d’aller les découvrir à vélo à votre tour ? Alors, envie de connaître la suite ?

Nous étions donc précédemment en Turquie


Turquie, partie 2 : De Pammukale à Konya

Le 17 mai, nous quittons Pamukkale et Denizli en bus. En attendant le bus dans une aire de jeu, Julia fait une mauvaise chute et se fait bien mal au coude. Elle va garder l’écharpe pendant quelques jours (heureusement qu’elle pédale tractée au followme !). Après une période d’hésitation sur la nécessité d’aller passer une radio, les douleurs réduiront d’elle-même… ouf, on a eu chaud !

Bref, après 3h de bus, on arrive en fin de journée à Burdur, on se pose de nuit 7km plus loin au bord du lac. Au réveil, on découvre la sympathique vue du spot dodo face au lac, avec les vaches qui paissent pas loin. Les enfants se lancent d’eux même dans une activité de « world clean up day » et font une belle récolte ! Nous étions venu au lac dans l’objectif de pouvoir se baigner : en se renseignant, on apprend qu’il y aurait de l’arsenic dedans… Bon, on a saute cette étape alors ! 🙃

Nous sommes dans la région des lacs, nous en croisons donc plusieurs les jours qui suivent.

Nous pédalons souvent sur des routes isolées (au point qu’une fois, les gendarmes qui passent par là nous demandent ce qu’on fait là et comment on a connu cette route). Quand nous ne pouvons pas éviter les plus grosses routes, on s’y sent tout de même en sécurité car il y a toujours une belle bande d’arrêt d’urgence sur laquelle circuler.

On retient le lac d’Atabey qui arrive après une montée bien raide de 2km, avec une belle vue sur les champs en contrebas et entourés de quelques champs de roses (qui est cultivée pour la distillation). On pensait y être au calme pour le déjeuner, mais il s’avère noir de monde. Que se passe-t-il en plein milieu de la semaine ? On découvre que c’est aujourd’hui un jour férié en Turquie : c’est la « Fête de la Commémoration d’Atatürk, de la Jeunesse et des Sports » (oui, tout ça en même temps). Elle marque le début de la guerre d’indépendance menée par Mustafa Kemal Atatürk et symbolise la naissance de la Turquie moderne.

Après quelques dizaines de kilomètres, entourés majoritairement de champs de roses ou de vergers, nous voilà ensuite au lac d’Eğidir.

A la sortie de la ville, on s’arrête à midi chez un réparateur de vélos/motos pour réparer ma béquille (les vis de fixation s’étaient cassées). Père et fils nous accueillent tellement gentiment ! On discute beaucoup, à coup d’applications de traduction. Un bel échange.

Après le lac d’Eğidir, la route qui longe le lac vers le nord fait un peu les montagnes russes. Sous le soleil, il fait très chaud, on sue à grosses gouttes. Nous sommes souvent entourés de vergers : cerises, pommes, pêches… Nous croisons tous les jours des agriculteurs qui viennent avec leur citerne répandre des pesticides sur les champs… sans aucune protection pour eux en plus ! 😥

Puis nous filons en direction du lac de Beyşehir, une centaine de kilomètres plus loin, qui est pour nous une zone pleine de rencontres !

Les rencontres

Encore et toujours (comme dans le début de notre périple turc), nous sommes quotidiennement étonné de la générosité des turcs ! Les petits cadeaux (eau, biscuits,…) sont toujours quotidiens. Un jour, une famille s’arrête au bord de la nationale juste pour nous offrir plein (mais vraiment plein !) de paquets de biscuits et de trucs apéro, ainsi qu’une grosse bouteille de jus d’orange. C’est dingue ! Cet accueil turc nous donne la patate !

Et puis il y a aussi l’inoubliable accueil de Abdulah et Ismahin…

Un midi, après 16 km de route et un peu avant Beyşehir, on fait la pause pique-nique dans un village. Un voisin nous amène des assiettes de crudités puis un autre homme en voiture s’arrête et nous offre plein de biscuits et sucreries. C’est l’Aïd cette semaine, on sent les gens encore plus généreux qu’avant.
Un peu plus tard, ce même homme revient avec sa fille pour nous proposer de venir prendre le thé chez lui. On accepte en expliquant qu’on devra reprendre la route ensuite.

L’Aïd, une des plus importante fête pour les musulmans, est l’équivalent de Noël pour les chrétiens. C’est les vacances pour eux, des cousins sont là pour la semaine. Bref, il y a du monde qui passe et on s’y perd un peu dans l’arbre généalogique 😅
Nous recevons un superbe accueil et les enfants sont hyper contents d’avoir des copains pour jouer (les deux enfants d’Abdullah et Ismahin et leurs cousins). Nous prenons le café comme prévu (machine à café turc automatique !) mais ils nous servent aussi à manger. Côté communication, on fait chauffer Google translate, le mode vocal est bien pratique.

Pendant ce temps, l’orage se lève… Ils nous proposent de rester pour la nuit. On hésite… mais on fini par accepter ; et on ne le regrettera pas ! Ils sont accueillants sans jamais être envahissants. On passe une superbe soirée, nos enfants jouent avec les autres enfants sans parler de langue commune, et leur font découvrir le skyjo et le kems. Abdullah nous prépare un ragout pour le diner, mijoté pendant 5h. Les enfants mangent des frites maisons préparées par Ismahin. Le soir, on partage le diner avec leurs frères, sœurs et mères puis on leur fait découvrir quelques unes de nos vidéos de voyage, avec, comme toujours, du thé !

On quitte Abdulah et Ismahin le lendemain matin avec un pincement au cœur… Ils nous ont accueillis chez eux comme des amis de longue date et en veillant à ce qu’on se sent bien à tout moment. Notre cœur est lourd, notre ventre bien rempli après un méga petit déj’ turc et nos sacoches alourdies de quelques jeux et habits pour les enfants 😅.

Malgré la nostalgie qui nous gagne déjà, on avance bien : en 2h on parcourt les 26 km qui nous séparent de Beyşehir.

L’accueil ici va continuer !

À Beyşehir, on commence par visiter la mosquée Eşrefoğlu Camii, superbe mosquée en bois du 13è siècle. Elle est classée au patrimoine mondial de l’Unesco et reconnue comme « la mosquée à colonnes et toit en bois la plus grande et la mieux préservée du Monde Islamique ». Je me voile pour la visite, comme pour chaque mosquée. Et également comme à chaque fois qu’on visite une mosquée, les enfants adorent la moquette qui recouvre tout le sol et ils s’amusent à marcher à 4 pattes, faire de la gym, etc ! On est un peu gêné au départ (on ne ferai pas ça dans une église !😅), puis on se rend compte que les enfants turcs font pareil sans être arrêtés par leur parents, alors on se détend.

Sur les conseils d’Abdullah, on passe faire un coucou à l’association de cyclisme de la ville. C’est une grosse association connue dans la région, qui organise une course cycliste depuis 14 ans. Nous leur demandons conseils sur un lieu pour bivouaquer dans les environs et… ils nous offrent une nuit en hôtel ! L’association a un fond (payé par des sponsors) pour offrir aux cyclotouristes internationaux une nuit à l’hôtel. Nous dormons donc ce soir-là dans un bel hôtel à 4km du centre-ville, dans une chambre avec terrasse et une superbe vue sur le lac ! On n’en revient toujours pas ! 🤩
On y rencontre un couple de cyclos français qui voyage pour 4 mois jusqu’au Kazakhstan et un couple de retraités turcs pédalant plusieurs semaines dans leur pays.

Le journal local écrira même un article sur notre aventure au passage !

Que de belles rencontres ! On reprend la route le lendemain, rechargés en énergie par tout ce qu’on vient de vivre.

Énergie un peu entachée lorsque, lors d’une grosse averse, nous nous rendons compte que Julia a oublié son kway et son gilet rose à une aire de jeu… Et qu’on a également perdu notre corde pour tracter les enfants (enfin surtout Erwan) si besoin 😬. C’est la difficulté de l’itinérance : on a perd souvent des choses… surtout avec des enfants, qui posent leurs affaires là où ils sont et les oublient ensuite (des enfants, quoi !). Ces oublis à droite et à gauche tapent parfois sur le moral car chaque chose qu’on a emportée a son utilité, et sa perte peut signifie un peu de confort en moins !

Au bivouac le soir, nouvelle rencontre étonnante : un homme passe en moto alors que je suis en train d’installer la tente, et il tend à Alice… un billet de 200 lires turques (3,5 €) ! Lui qui n’a pas l’air bien riche ! 😯 C’est l’Aïd demain, mais quand même !

En soirée, on voit un chacal doré : ceux qu’on entend régulièrement le soir, depuis la Grèce ! 🤩 Malheureusement une rencontre éphémère, qui ne nous laisse pas le temps de sortir l’appareil photo.

Un joli col

Le lendemain, c’est un petit défi qui nous attend : 23 km de montée continue et 650m de D+. La montée est douce, les enfants motivés et cela se passe vraiment bien. On voit qu’ils se sont vraiment renforcés physiquement et mentalement depuis le début du voyage (et nous aussi d’ailleurs !). Le paysage est chouette, on voit un aigle et des cigognes noires. Le voyage à vélo est source de rencontres animalières assez magiques ; et ça l’est tout autant de voir les étoiles dans les yeux de nos enfants dans ces moments là.

Le midi, on fait une grosse pause au bord de la rivière (le temps de laisser passer la chaleur de milieu de journée). Les enfants et Thomas construisent une barrage et un moulin dans la rivière : cour de science grandeur-nature ! 😉

Plus on avance, plus il plane dans les villages une ambiance montagnarde. Deux fois, on voit des villageois occupés à découper de la viande de mouton pour l’Aïd (mais ça reste très discret, pour le plus grand soulagement de nos filles !)

Après cette journée de montée douce, on atteint le col à 1735m d’altitude vers 17h. Youpi !! On est fiers de nos ptits loups, de leur courage et leur persévérance !

On trouve un peu plus bas (1650m d’altitude tout de même) une aire de pique-nique pour le bivouac. Deux groupes de gens terminent ici leur journée en famille et nous offrent de la nourriture – dont de la viande de mouton crue, probablement fraîchement tuée du matin ! 🫣 Au matin, d’autres locaux nous font goûter des pains faits-maisons cuits sur place au feu de bois : un délice ! Cette générosité ne fini pas de nous étonner à chaque fois.

Puis on se laisse porter sur une magnifique descente de plus de 20km. Vu le temps et l’énergie positive de la team, on se motive pour rejoindre l’aire de camping-car de Konya dès ce soir là. Ce qui nous fait une longue journée de 65 km (800 de D – et 235 D+), ça tire un peu mais on y arrive ! En arrivant à l’aire de camping-car, pas de bol, c’est plus compliqué que prévu pour pouvoir dormir… 😩

Konya

L’aire de camping-car de Konya est pourvue d’une belle bande herbeuse. Mais le gardien ne veut pas qu’on pose la tente si l’on n’a pas d’immatriculation à enregistrer. On essaie bien de négocier avec l’aide de camping-caristes, mais en vain pour ce soir.

A 19h30, on repart donc trouver un bivouac pour la nuit. Le parc à proximité est trop citadin, les hôtels du coin complet. On stresse un peu, mais pas tant que ça : l’expérience de notre année nous a appris qu’on trouve toujours une solution. Au final, on découvre un peu plus loin un immense terrain vague avec des hautes fleurs. Les enfants sont très fatigués après cette journée à rallonge, les tensions apparaissent vite jusqu’au coucher, mais ça y est, le temps du repos est là après cette belle journée !

On passe ensuite 2 jours à Konya. On visite la ville à vélo, dans une ville déserte avec tous les commerces fermés en ce vendredi de l’Aïd.

Nous visitons le centre culturel Mevlana (Konya est la capitale du soufisme et des derviches tourneurs) et la mosquée Alaeddin.

Puis nous rejoignent Céline, Clément, Oscar et Alba, les français qu’on avait rencontré à Gythio, en Grèce. Les enfants attendaient ça avec impatience ! Avec eux, nous pouvons poser la tente à l’aire de camping-car la première nuit. On y rencontre une autre famille voyageuse en camping-car. La 2ème nuit, on nous demande de plier la tente (le gardien n’est plus le même) : on pose nos tapis de sol dans les 2 camping-cars, trop sympa les copains !

On partage également un super bout de soirée (et 2 bouteilles de vin blanc de Cappadoce) avec une famille turc d’Izmir : ils sont drôles, modernes, ils ont beaucoup de recul sur leur culture et leur pays, bref, tellement différents d’autres turcs rencontrés ! Encore une rencontre qui donne du peps !

Et à 3 familles, on visite le lendemain le superbe musée des Sciences : tout plein de choses à toucher et expérimenter pour les enfants ! Le corps humain, la planète terre (et une nouvelle expérience de tremblement de terre), les planètes (avec l’expérience de marcher sur la lune),… c’était intense !

Les bivouacs :

La Turquie reste très facile pour bivouaquer. Nous n’avons essuyé qu’un seul refus de bivouaquer sur ces semaines (aux abords d’un centre équestre). Sinon sur cette période…

  • Nous avons eu au village de Gönen, un belle zone à côté d’un terrain de foot, avec l’approbation d’un des entraîneurs – très pratique les gradins pour faire l’école le lendemain !
  • Le camping d’Eğidir : trop cher par rapport aux commodités offertes, mais très sympa d’avoir la tente au bord de la plage du lac.
  • Une aire de pique-nique avec plein de jeux pour les enfants, et des barbecues pour un dessert à base de chamallows grillé. 🍡😋
  • Une terrasse de resto de pidde (les pizzas turques), car il pleut ce soir-là. C’est à côté d’une station-essence ; pour l’anecdote, le thé est gratuit pour tous à cette station essence : la culture du thé partagé est vraiment forte en Turquie.
  • Une aire de pique-nique avec un petit bar : il pleut des cordes quand on y arrive, le gardien du lieu nous propose de dormir dans la salle du resto, fermé aujourd’hui ! Il pleut toute la soirée, c’est un régal d’être au sec !
  • L’aire avant Konya, où les gens nous ont offert à manger pour le dîner.

Les aires de jeu en Turquie

Un détail, mais qui a toute sont importance quand on voyage en famille. Partout en Turquie, on a croisé de nombreuses aires de jeux, le plus souvent assez modernes et variées. C’était vraiment parfait pour les pauses, notamment le midi et même le soir pour le bivouac.

Après Konya, nous poursuivons notre aventure vers l’Est. La Cappadoce est proche maintenant !

Un commentaire

  1. Récit toujours aussi prenant ! découverte d’un distributeur de café turc et la générosité turque à tous les coins

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