Mercredi 16 décembre, on se lève en regardant la météo et le site des ferries pour le Maroc : les voyants sont au vert ! En route pour l’Afrique !

La traversée est courte (1h) mais le bateau est tout léger : ça remue ! Les enfants ont mal au ventre tous les trois. Peu après le départ, une dame de la compagnie de ferries nous propose de venir voir la cabine de pilotage ! Encore une fois ! 🤩 (si vous avez suivi, vous vous souvenez peut-être que nous avions déjà été invités sur la traversée Irlande-Espagne) Un chouette petit tour, mais après ça les maux de ventre des enfants reprennent de plus belle (côté adulte, ça va, ouf !). Un jeune homme marocain va au bar chercher des glaçons à mettre sur la nuque des enfants : voilà un remède de grand-mère bien efficace contre le mal de mer !

Nous arrivons ensuite rapidement à Tanger. Le passage de douanes est express (on passe devant des voitures de marocains qui, eux, se font fouiller tous les sacs). « Soyez les bienvenus » nous disent-ils. Première fois d’une longue série de cette jolie expression marocaine. L’excitation caractéristique à chaque nouveau pays est bien présente parmi nous. Nous attendions le Maroc avec impatience et une pointe d’appréhension aussi. Que nous réserve ce pays ? Comment est-ce que ça va se passer sur les routes ?…

Après un déjeuner en terrasse près du port, puis les traditionnelles démarches d’un nouveau pays hors Europe (c’est-à-dire : tirer de la monnaie locale et acheter une carte SIM), on attaque la sortie de Tanger. Ouch, pas simple ! La circulation est très intense, les dénivelés sont parfois corsés (Tanger est construite sur plusieurs collines), et les 5 sens sont fortement stimulés. Il faut aussi se faire à de nouvelles habitudes de conduite, avec notamment les gens qui s’arrêtent un peu n’importe où. Bref, tout ça est stressant et fatiguant ; on se dit que si c’est autant intense pendant tout notre séjour au Maroc… ça va être épuisant !

Vers 17h, il est l’heure de commencer à chercher où planter la tente : on demande conseil à quelques personnes. Les gens nous indiquent des trucs incompréhensibles ou trop loin, ou qui s’avèrent impossibles quand on arrive sur place. Tanger est une grande ville en pleine extension (à en croire les nombreux immeubles en construction), on peine à trouver des zones de natures qui pourraient convenir. Bref, un peu après 19h, on a fait 20 kms et on est toujours en zone urbaine… On décide de louer un appartement pour la nuit.

Un peu échaudés par nos premiers kilomètres marocains, on quitte l’appartement le lendemain matin dans une ambiance un peu fébrile. Pour couronner le tout, Thomas découvre que son dérailleur est fendu – le propriétaire du logement avait un peu forcé la veille en prenant le vélo pour aller le ranger dans son garage.

Forcément, le dérailleur ne tient pas longtemps et après 3kms… le dérailleur éclate en morceaux ! Que faire ?… On décide que Thomas parte seul acheter un nouveau dérailleur en ville. Décathlon est à 10kms de là : Thomas essaie d’avoir un taxi mais aucun de disponible. Le guide du Routard vient à notre secours en nous apprenant que le stop est facile au Maroc. Thomas lève le pouce. Quelques instants plus tard, un jeune en mobylette s’arrête. Il fait l’aller-retour avec Thomas à Décathlon, l’attend pendant qu’il est dans le magasin, et refuse l’argent qu’on lui propose. Chouette première rencontre au Maroc !

Après installation du nouveau dérailleur et pique-nique au bord de la route, nous voilà repartis. Quelques kilomètres plus loin, la circulation réduit fortement (enfin!) grâce au début d’une autoroute à proximité. On souffle un bon coup : on peut commencer à apprécier de pédaler dans ce nouveau pays !

Comme il y a 10 ans dans des pays tel que la Turquie, on retrouve les klaxons d’encouragements, les grands sourires et pouces levés des voitures et camions qui nous doublent. Notre nationale maintenant tranquille arrive le long de la mer, entourée d’une campagne verdoyante. L’état de la route est parfait, les kilomètres filent ! Au moment où le soleil part se cacher derrière l’horizon, nous entrons dans Asilah. Nous nous rendons au camping, où la famille de la Tounch mobile (les voyageurs belges rencontrés en Espagne) est arrivée dans l’après-midi. Compte tenu des prévisions météo pluvieuses, le gérant du camping nous propose de poser nos duvets dans une chambre : c’est sommaire, mais confortable !

Le lendemain, nous tombons sous le charme de la Médina, de ses petites ruelles aux maisons blanches et bleues ou vertes, et de sa vue plongeante de la muraille dans la mer. A Asilah, on découvre aussi les souks marocains où l’on achète fruits, légumes, œufs, pain… Le tout dans une ambiance très calme et chaleureuse. Rien à voir avec l’image qu’on se faisait d’un souk marocain – et d’ailleurs, les souk alimentaires sont partout comme ça au Maroc : un petit marché où les prix sont relativement fixes : on adore !

Après ce jour de repos, nous poursuivons tous les cinq notre route vallonnée à travers les collines et prenons nos marques dans ce nouveau paysage. Au bord de la route, on croise quotidiennement des troupeaux de moutons et de chèvres, surveillés par un berger solitaire ; ou bien des ânes, qui servent de moyen de transport pour les personnes ou les marchandises. Les enfants adorent observer ces animaux qui sont un peu partout. Il y a aussi quelques chats et chiens errants, mais à priori beaucoup moins qu’avant : de nombreux chiens ont été abattu pour le début de la coupe d’Afrique des nations qui commence au Maroc dans quelques jours.

Nous testons notre premier bivouac marocain au bord d’une forêt d’eucalyptus, après avoir été rassuré par un cyclo qui terminait 2 mois de voyage à vélo au Maroc.

Mais la pluie s’invite à nouveau dans notre voyage. Nous repartons de notre premier bivouac sous des trombes d’eau. A Larache, ville de pêcheur (et ville bien à l’arrache, elle porte bien son nom et permet de nombreux jeux de mots !😆), on déjeune au restaurant d’un repas de produits de la mer (hyper bon, copieux et pas cher), nous visitons rapidement la Médina et le grand Souk puis nous décidons de terminer tôt la journée au camping à la sortie de la ville. Trop de pluie pour nous aujourd’hui ! Nous nous réchauffons avec de bons thés à la menthe et une douche chaude.

Le lendemain, nous avons pour objectif de faire 43 km : c’est plus que notre moyenne habituelle ! On se prépare à une journée monotone au milieu de champs de culture intensive… ça sera au final une journée dans le top 10 des plus beaux souvenirs jusque là !

A la sortie de Larache, nous quittons la nationale pour partir sur les routes secondaires. L’état de la route se dégrade peu à peu et nous sommes rapidement entourés de terres agricoles avec des champs à perte de vue. A midi, au niveau d’un village (le Douar Lahyayda) on décide d’aller voir si on peut y trouver à manger. Cela ne semble pas une mince affaire ! Nous interpellons des villageois en leur faisant le signe « manger » (les gens ne parlent pas français du tout ici) : après quelques minutes d’errance dans le village, un homme nous indique une échoppe aux vitrines vides et nous dit d’attendre 25 minutes. Hum, ok, mais encore ?… Une dame parlant quelques mots d’espagnol (la colonisation a longtemps été espagnole dans la région) nous fait comprendre que c’est une boulangerie et qu’il n’y a pas de restaurant dans ce village. Peu à peu, un attroupement d’enfants sortant de l’école se forme tout autour de nous. Cette situation est nouvelle pour nous dans ce pays, on est un peu sur le qui-vive au départ… Mais finalement les enfants sont cool et les adultes environnants les reprennent s’ils touchent aux vélos (les sonnettes amusent toujours beaucoup les enfants). Après un long moment de patience, le pain chaud sort du four ; un des hommes qui nous aide depuis le début nous paye le pain et nous propose de venir manger chez lui.

On hésite… puis on finit par accepter ! On le suit à travers les ruelles du village jusqu’à chez lui. Nous découvrons sa ferme où gambadent joyeusement des poules dans la cour, et un âne dans une étable au fond. Sa femme semble très honorée de notre visite, me serre dans les bras en répétant bienvenus et merci (en arabe). On essaie de discuter un peu mais les applications de traduction arabe ne sont pas très efficaces (ça nous rappelle la traduction chinoise il y a 10 ans !)

Il est quasiment 14h, toutes ces nouveautés semblent avoir fait oublier leur faim aux enfants. Heureusement, nous avons tout de même les petits pains ronds de la boulangerie – encore tout chaud – qui les aident à patienter. Pendant ce temps, dans la pièce d’à côté, sur un petit feu au gaz, sa femme cuisine un poulet et ses 3 filles nettoient la terrasse, le jardin, les toilettes. De nouvelles personnes arrivent : on comprend plus tard que ce sont une tante, ses filles et petits-enfants. Nos hôtes nous offrent un thé à la menthe, puis on se lave les mains au pichet et à la bassine (ils rigolent qu’on soient surpris de cette technique qui est pour eux leur quotidien).

Et bientôt, un beau poulet fumant arrive sur la table, entouré d’une délicieuse sauce aux oignons, aux épices douces et aux pruneaux. Le tout est accompagné d’olives noires de leur production. Ils nous montrent comment manger d’une main des petits morceaux de poulet que chacun déchire, avec du pain qu’on trempe dans l’excellente sauce. Nos enfants ne sont pas les meilleurs invités et mangent surtout du pain à la sauce. Par contre, nous, on se régale : le poulet est vraiment tendre et goûtu. L’homme et les enfants mangent… mais pas les femmes ? Elles disent qu’elles mangeront après. On espère que ce n’est pas avec les reste car à la fin du repas il n’en reste presque plus… Ils nous proposent de rester là pour la nuit mais il est encore tôt. Nous avons encore peut-être une chance d’arriver à Moulay Bousselham aujourd’hui, malgré les 25kms qu’il nous reste à faire.

Ce merveilleux moment avec cette famille adorable nous a rempli d’énergie ! Dans les rues du village, un homme en moto nous propose de nous remettre sur la route de Moulay Boussellham (il ne parle pas français ni espagnol mais les gestes suffisent souvent à faire passer beaucoup d’informations !). Après quelques minutes à serpenter dans les ruelles terreuses et passer quelques flaques d’eau (ma chaîne a un nouveau look après quelques bains forcés dans l’eau marron…😅), on retrouve notre route entre les champs. C’est plutôt roulant, sauf à certains endroits, où l’on doit traverser de grandes flaques d’eau dont on a du mal à estimer la profondeur.

Une en particulier ! Une grosse flaque où le bas de caisse des voitures trempe franchement et celles-ci ressortent fumantes de l’eau qui s’évapore. Heureusement un fin monticule de terre sur le côté permet de faire passer piétons et moto. Un bus de transport collectif passe à ce moment là : il nous propose de prendre les enfants pour passer la flaque d’eau ! Nos trois enfants grimpent dans ce mini-bus et nous passons tant bien que mal nos vélos chargés, avec l’aide d’un passant. On retrouve les enfants quelques mètres plus loin, morts de rire de cette aventure !

Encore 15kms… on pédale ! On croise aujourd’hui des serres de myrtilliers, framboisiers ou fraisiers, des champs de pommes de terre en fleur (oui, en plein décembre !) et tant d’autres choses. On arrive à Moulay Bousselham à la nuit tombante. Au camping, le gérant nous propose une chambre en dur : on prend ! Alice s’écroule de fatigue après le dîner mais les deux autres mettent un peu de temps à s’endormir après cette journée tellement remplie de joies et de nouveautés. Le temps continue de se dégrader, le ciel est bien agité pendant la nuit. Nous nous réjouissons d’être en chambre !

Après un petit-déjeuner marocain partagé offert par la mama du camping, on quitte le camping : nous sommes le 23 décembre et nous avons réservé une maison pour passer Noël !

Il n’y a que quelques kilomètres à faire mais impossible de les faire d’une traite : une très forte averse nous force à nous réfugier dans un bar. Les rues sont vite inondées, il y a même de la grêle. On décide de manger un bout sur place le temps que le ciel se calme. On rencontre alors Rachid et Younes, deux amis, l’un prof de sport et l’autre instituteur, qui sont très curieux de notre attelage (et de notre voyage).

Nous filons ensuite pour notre maison louée. Les 3 jours prévus dans cette maison se transformeront peu à peu en 6 jours, du fait d’un grippe mettant Erwan hors-service pendant 48h. Dehors le ciel restera gris et pluvieux tous les jours sauf le 25 décembre, le temps d’aller faire un tour en bateau sur la lagune de Moulay Bousselham, connue pour sa riche biodiversité. Superbe chance : la maison est équipée d’une cheminée, qui nous réchauffera tous les soirs.

Nous passons là un très joli Noël tous les 5, simple mais joyeux. Notre sapin de Noël est une branche de palmier décoré, et les cadeaux des petites bricoles ou des choses à vivre dans les semaines à venir (notamment un tour en dromadaire dans le désert que les enfants vont attendre avec impatience !)

Le 26 décembre, nous allons visiter l’école de notre ami Younes rencontré au bar l’autre jour. Une petite école toute simple mais un accueil de roi ! Après un aperçu des 3 classes, ils nous offrent un riche petit-déjeuner. Erwan étant au début de sa grippe, il est donc resté à la maison avec Thomas : nous repartons de l’école les bras chargés d’un carton rempli de fraises et avocats – les cultures majoritaires de Moulay Bousselham – ainsi que de crêpes et pains marocains Erwan et Thomas. Pendant toute sa maladie, Erwan ne fera que dormir et… manger des fraises ! 😅

Entre mauvais temps dehors et maladie du p’tit dernier, notre rythme s’est naturellement mis au ralenti. Beaucoup de jeux et de lecture, quelques sorties. Des vacances dans notre voyage ! C’est chouette de se poser quelques jours au même endroit, de commencer à connaître les commerçants des environs. Au milieu de cette année en itinérance, on a un peu l’impression de se sentir chez soi.

Après 10 jours au Maroc, on constate qu’on a pris l’habitude d’être baignés dans cette langue dont on ne comprend pas un mot. En Irlande et en Espagne, on comprenait plutôt bien les gens qui parlent autour de nous, au Portugal, c’était par bribe ; mais là, quasiment aucune syllabe entendue n’a de sens pour nous. En contrepartie, certains parlent français, plus ou moins couramment. Mais pas partout !

Nous avions prévu d’aller ensuite à Rabat, à 120kms d’ici. Mais le mauvais temps (et Erwan encore un peu convalescent) ne nous incite pas trop à poursuivre à vélo… Vu qu’il n’y a pas de bus faisant le trajet, notre ami Younes nous trouve quelqu’un qui pourrait nous y amener avec tous les vélos. Le jour du départ, dimanche 28 décembre, c’est finalement lui-même qui nous amène à la capitale ! Notre ange-gardien nous aide également à trouver une chambre d’hôtel de disponible : nous sommes en plein début de coupe d’Afrique, tous les logements sont pris d’assaut ! Un magnifique exemple de l’accueil et de la gentillesse des marocains. Choukran Younes !!

Même si Rabat est une capitale, nous apprécions beaucoup les 24h que nous y passons. La Médina a de petites ruelles marchandes très agréables dès qu’on sort de la rue principale.

Bon, il faut user de stratagèmes et d’ingéniosité pour motiver les enfants à marcher ce jour là, mais on a réussi tout de même à bien se promener : Médina, Kasbah des Oudayas, tour Hassan et Mausolée Mohammed V. En récompense, on fait un tour à la librairie qui jouxte notre hôtel et chacun peut choisir un livre à acheter (on voudrait en emporter des dizaines, mais nous ne pouvons pas nous permettre d’alourdir encore trop nos sacoches!). Le soir, on dîne devant la première mi-temps de la coupe d’Afrique des Nations de foot et on s’endort au son des klaxons car l’équipe marocaine a gagné ce soir, et en plus dans le stade à 8kms de là où nous sommes !

A Rabat, nous avons également fait le point sur la suite de notre aventure marocaine. Lors des préparatifs du voyage, nous avions plutôt bien préparé jusqu’à Tarifa, voire même jusqu’à Rabat. Mais ensuite, c’était un gros point d’interrogation et nous avons beaucoup de mal à nous décider ! Et pour cause, on peine à trouver sur le net des partages d’expériences de familles ayant pédalé au Maroc. On n’arrive pas trop à savoir ce qui est faisable ou non. Nous arrivons tout de même à partager avec 2 familles de cyclos, dont l’une vient d’arriver à Essaouira après avoir pédalé du nord au sud, côté Est du pays.

Peu à peu, des idées se dessinent…

En route pour Essaouira, en bus ! Objectifs : retrouver le soleil et passer le nouvel an avec cette famille de cyclotouristes !

Après deux semaines au Maroc, nous commençons à avoir nos marques dans ce pays et cette culture où (presque) tout est nouveau pour nous ! Où et comment trouver à manger?, comment gérer la circulation?, quels sont les prix et que faut-il négocier?,… (liste non-exhaustive! 😅): nous avons maintenant des réponses à ces questions. Cette phase d’adaptation passée, nous commençons vraiment à apprécier le Maroc.

Nous avons hâte de découvrir le sud du pays !

Vous aussi, vous rêver de venir pédaler au Maroc ? N’hésitez pas à nous écrire, on sera ravi de vous partager toutes les infos qu’on a pu rassembler !

2 commentaires

  1. Bonjour, je vous suis avec beaucoup d’admiration votre périple, un vrai plaisir de vous lire. Merci de partager votre voyage quand même assez exceptionnel. Je viens juste du Maroc, pas la même forme du voyage. J’ai 75 ans et toujours envie découvrir des pays et des gens. Bonne continuation et bonjour aux enfants si courageux !

    • Bonjour,
      Un grand merci pour le commentaire, ça fait plaisir de savoir un peu qui nous suit et de voir que tout ce temps passé derrière les écrans (pour préparer tous ces partages de notre aventure) est utile !
      Comment avez-vous connu notre aventure ? S’est-on rencontré au Maroc et si oui où ?
      Je travaille au plus vite sur la suite du récit ! 😉

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